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Rui Frati

 

«...des gens ont été tués dans la rue, il est très difficile de connaître le nombre exact des victimes, nombre de familles n’osant pas révéler qu’on a tué leurs enfants... »

Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix, iranienne, exilée.

 

Après la démocratisation de Taiwan, au cours d’une visite scolaire, une innocente jeune fille découvre le nom de ses parents parmi ceux des détenus exécutés au « Centre de détention de la cour martiale de Taipei ». Le couple était engagé dans les luttes pour l’indépendance de Taiwan.  

Elevée par sa grand-mère, elle croyait ses parents victimes d’un accident de la route, juste après sa naissance...

En vérité, son père avait été exécuté quelques mois avant sa mère, enceinte de six mois.  Les militaires avaient attendu que la jeune femme accouche pour la fusiller.

Ils avaient, néanmoins, eu la générosité de livrer le bébé à la grand-mère maternelle, sous condition de silence absolu quant au sort véritable du jeune couple.

Li Ang a écrit cette nouvelle inspirée par des faits réels.

Les similitudes avec tant d’autres  dictatures s’imposent. L’Argentine, l’Iran...

Encore aujourd’hui, des gens sont obligés de garder au secret  la disparition de leurs enfants pour protéger d’autres membres de leur famille.

Pendant une rencontre organisée par un ami commun, Sébastien Cavalier, au Council of Cultural Affairs de Taiwan, en 2007, je proposai à Li Ang une collaboration: construire un trajet  théâtral inspiré par certaines des ses oeuvres.

Cette même année, j’eus le plaisir de mettre en scène L’histoire d’une innocente jeune fille au «Humans Right Festival», à Green Island, ancienne prison politique de Taiwan.

Ce fût le commencement de notre aventure...

 

Écrit  avec Isabel Ribeiro et sous  le regard attentif et critique de Li Ang, Parfums de plaisir et mort est construit à partir de trois récits de la grande écrivaine taïwanaise.

Le choix de ce travail est lié autant à la qualité de l’écriture de Li Ang qu’à l’universalité et à l’actualité de ses propos.

Créée en 2008, cette fresque où de multiples personnages donnent vie à cinquante ans de l’histoire de Taiwan, a été jouée à Paris et en Italie.

Des geôles japonaises, puis chinoises, à l’arrivée du Sida. De la « terreur blanche » de Tchang Kai-Chek à la démocratie, à l’alternance politique.

Histoires de prisons et d’emprisonnements.

Deux femmes d’origines et classes sociales différentes en lutte pour leur liberté. Un ex-détenu politique en recherche de vérité. Autant de trames qui constituent ce spectacle, où poésie et horreur font cause commune.

De nos jours, où, intégristes, prédicateurs et autres faux prophètes pratiquent des violences quotidiennes, remettant en question tant de batailles durement gagnées, la reprise de ce spectacle est de toute actualité.

Reliant l’atonal au lyrique, notre confrère, le compositeur brésilien Arrigo Barnabé, est l’auteur des musiques du spectacle.

Après la saison parisienne, cette nouvelle production de Parfums de plaisir et mort sera jouée à Londres et Milan dans le cadre de EDGE FESTIVAL.  

 

Rui Frati

 

 

Notes d’intention

Arrigo Barnabé

 

Mon projet musical pour Parfums de plaisir et de mort, s’inscrivant dans l’étrangeté essentielle de l’écriture de Li Ang, rejoint l’univers littéraire et théâtral créé par Isabel Ribeiro et Rui Frati dans la construction de ce texte.

Une musique porteuse d’un langage à la fois  singulier et universel, rencontre de l’Orient et de l’Occident,  en harmonie avec la création théâtrale.

La présence d’époques et situations fort différentes me porte à exploiter la possibilité de séquences d’accords atonaux et rythmes asymétriques.

La présence de cet univers pluriel m’inspire à utiliser des cordes: guitare, cavaquinho, mandoline et des percussions : marimba, glockenspiel, à clavier, à frottement des peaux…

 

Arrigo Barnabé